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La souveraineté, nouveau mot magique de la politique française

La souveraineté, nouveau mot magique de la politique française

Il y a des mots qui finissent par ne plus rien vouloir dire à force d’être répétés par tout le monde. « Liberté » en fut un. « Égalité » aussi, à certaines époques. En 2026, le mot qui envahit tous les discours, toutes les tribunes, tous les meetings, c’est « souveraineté ». Et le pire, c’est qu’il le fait en traversant le spectre politique de gauche à droite sans la moindre gêne apparente.

De Raphaël Glucksmann à Marine Le Pen, en passant par Jean-Luc Mélenchon ou Édouard Philippe, chaque prétendant à l’Élysée pour 2027 brandit ce terme comme un talisman. Selon les informations du Monde, la notion s’est imposée dans les discours de candidats pourtant séparés par des abîmes idéologiques. Ce consensus de façade mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il cache en réalité des visions radicalement incompatibles.

Pour les uns, la souveraineté se conjugue avec l’Europe : renforcer les capacités communes du continent, mutualiser les décisions stratégiques, peser collectivement face à la Chine ou aux États-Unis. Pour les autres, c’est exactement l’inverse : se réapproprier des compétences délégués à Bruxelles, retrouver la maîtrise des frontières, de la monnaie ou des normes. Même mot, deux projets politiques qui se font face et s’annulent mutuellement.

« Derrière le consensus sur l’indépendance de la France se dessinent de profonds clivages quant à son articulation avec l’Europe. »

Ce glissement sémantique n’est pas anodin. Quand un concept devient si élastique qu’il peut envelopper des positions opposées, il perd sa fonction première : clarifier le débat. Il devient au contraire un écran de fumée, un mot-valise dans lequel chaque électeur peut projeter ce qu’il veut entendre. C’est confortable pour les candidats, désastreux pour la démocratie.

La mécanique est rodée depuis longtemps en politique, mais elle s’accélère à l’approche des présidentielles. Le mot « souveraineté » a l’avantage de sonner sérieux, historique, presque gaullien, tout en évitant de choisir un camp trop clairement. Il permet de flatter à la fois l’électeur eurosceptique inquiet de la mondialisation et l’électeur pro-européen qui veut que la France pèse davantage à Bruxelles. Une pirouette rhétorique qui traduit avant tout l’incapacité ou le refus de trancher sur des questions fondamentales.

Ce qui devrait pourtant intéresser les citoyens, c’est précisément ce que ce mot ne dit pas : souveraineté sur quoi exactement ? Industrielle ? Alimentaire ? Monétaire ? Militaire ? Numérique ? La réponse à chacune de ces questions implique des choix concrets, des arbitrages douloureux, des alliances ou des ruptures. Personne ne veut encore en parler clairement, à dix-huit mois de l’élection.

La campagne présidentielle 2027 est officiellement lancée dans les têtes, même si personne ne l’admet encore. Et si l’avant-goût qu’elle nous offre est ce consensus creux autour d’un mot qui dit tout et son contraire, on est partis pour une campagne longue, bruyante et peu éclairante. La souveraineté du peuple, celle qui consiste à être réellement informé pour choisir, elle, n’est pas encore à l’agenda.

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