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Palantir, l’État dans la data : quand le business devient une affaire d’État

Palantir, l’État dans la data : quand le business devient une affaire d’État

Il y a des entreprises dont on parle peu, mais dont les tentacules s’enfoncent profondément dans les structures de pouvoir. Palantir Technologies est de celles-là. Fondée dans la Silicon Valley, alimentée par des capitaux venus du renseignement américain, cette société d’analyse de données massives s’est imposée discrètement comme un acteur incontournable des États occidentaux. Mais cette discrétion commence à voler en éclats, des deux côtés de la Manche.

Au Royaume-Uni, Palantir est désormais le deuxième marché mondial de l’entreprise. Les contrats s’y accumulent avec les services de santé, les ministères, les forces de l’ordre. Une imbrication qui suscite des inquiétudes croissantes quant à la sécurité des données et à la dépendance stratégique d’un État envers une société privée américaine. Car c’est bien là le nœud du problème : confier l’analyse des données sensibles d’un pays à une entreprise étrangère, c’est accepter une forme de tutelle technologique dont on ne maîtrise pas tous les rouages.

En France, la prise de conscience a mis du temps, mais elle a fini par arriver. Depuis les attentats de 2015, la DGSI utilisait les outils de Palantir pour ses analyses de renseignement. Une décision pragmatique à l’époque, dans l’urgence d’une menace terroriste réelle. Mais l’urgence ne doit pas se transformer en dépendance permanente, et Paris semble avoir tiré cette leçon. L’éditeur français ChapsVision va progressivement remplacer Palantir au sein des services de renseignement intérieur, dans un processus décrit comme long et techniquement complexe.

« La souveraineté numérique n’est pas un slogan : c’est la condition pour qu’un État garde le contrôle de ses propres secrets. »

Ce choix de souveraineté est courageux sur le papier, mais il pose une question concrète : ChapsVision est-il vraiment à la hauteur d’un outil que Palantir a mis des années à affiner, avec des moyens colossaux et l’accès à des données d’entraînement d’une richesse incomparable ? Le défi technologique est réel, et sous-estimer la qualité de l’adversaire serait une erreur. Si la transition est bâclée, c’est la sécurité nationale qui en paiera le prix, pas les communicants qui ont vanté le made in France.

Il faut pourtant saluer la direction. La dépendance de l’Europe aux outils technologiques américains est devenue un problème structurel, et Palantir en est l’illustration la plus frappante parce qu’elle touche au domaine régalien par excellence : le renseignement. Quand une entreprise cumule les contrats avec l’État britannique tout en récoltant des critiques sur la sécurité des données, et que simultanément la France décide de s’en séparer, le signal est clair. Le modèle qui consiste à externaliser le cerveau sécuritaire d’une nation commence à montrer ses limites.

Reste une inconnue centrale : combien d’autres administrations européennes sont dans la même situation, sans avoir encore engagé leur propre migration ? Le cas britannique montre que l’engrenage est facile à enclencher et difficile à stopper. Le cas français montre que c’est possible, mais ardu. Entre ces deux trajectoires, l’Europe a un choix stratégique à faire, et vite.

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