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Philippe, Le Pen, Roussel : la présidentielle s’emballe

Philippe, Le Pen, Roussel : la présidentielle s’emballe

Un meeting parisien, un verdict judiciaire suspendu, un congrès communiste : en l’espace de quelques heures, la présidentielle 2027 a montré son vrai visage, celui d’une course déjà lancée à plein régime, bien avant que les Français n’aient officiellement été convoqués aux urnes.

Édouard Philippe a choisi Paris pour franchir un cap symbolique. Sur scène, le maire du Havre s’est dévoilé, comme le dit si bien le titre de l’événement : anecdotes personnelles, ton sincère, promesses structurantes autour d’un « effort collectif juste » et d’une « refonte massive de l’école ». L’exercice était habile. Philippe ne joue pas le technocrate froid que ses adversaires voudraient voir en lui : il cherche à incarner, à toucher, à convaincre que la rigueur peut avoir un visage humain. Si le fond reste à préciser, la forme, elle, est soignée. Il y a une vraie mécanique de campagne qui se met en place, avec un candidat qui sait que la bataille pour le centre-droit sera brutale.

Mais pendant que Philippe construit, le RN attend. Marine Le Pen s’est exprimée à Liévin, dans le Pas-de-Calais, dans ce qui ressemblait à un discours-testament avant la décision de la cour d’appel sur son éventuelle inéligibilité. Le tableau qu’elle a dressé est celui d’un binôme solide avec Jordan Bardella, présenté comme le recours naturel si elle venait à être écartée de la course. C’est un pari risqué : bâtir une stratégie entière sur un « plan B » tout en espérant que le « plan A » survive au verdict, c’est gouverner dans l’incertitude, et les électeurs le sentent.

« Elle promettait d’accompagner Bardella avec conviction », mais conviction n’a jamais remplacé candidature.

Ce flottement au sommet du RN n’est pas anodin. Il se double d’une guerre interne discrète, notamment en Bretagne, où la stratégie de l’eurodéputé Gilles Pennelle est ouvertement critiquée par des militants et d’anciens cadres. Le parti reste le plus hermétique à percer dans cette région, et les responsabilités, selon ces voix internes, sont clairement pointées. Un parti présidentiel se juge aussi à sa capacité à ancrer des territoires réticents. Sur ce terrain, le RN accumule les retards.

Pendant ce temps, Fabien Roussel a été réélu à la tête du PCF avec 70,1 % des voix lors du congrès de Lille. Sans surprise, et c’est précisément là le problème : le PCF semble davantage préoccupé à consolider son appareil interne qu’à réellement peser sur la campagne qui vient. Les militants ont décidé de présenter une candidature à la présidentielle, mais dans un paysage de gauche déjà encombré, la question de l’utilité stratégique de cette candidature reste entière.

En arrière-plan de tout cela, les milieux d’affaires réunis à Aix-en-Provence affichaient une fébrilité significative. Budget, fiscalité des entreprises, incertitude politique : les patrons regardent 2027 avec une anxiété que les discours de meeting peinent encore à apaiser. Aucun candidat n’a pour l’instant fourni de réponse économique suffisamment détaillée pour rassurer un secteur qui, lui, a besoin de visibilité à moyen terme.

La présidentielle 2027 entre donc dans une phase décisive, non pas parce que les votes approchent, mais parce que les positions se figent, les alliances s’esquissent et les fragilités se révèlent. Qui aura la meilleure capacité d’adaptation quand l’imprévu, inévitable, viendra tout bousculer ?

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