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Shein, Temu : votre panier va coûter plus cher

Shein, Temu : votre panier va coûter plus cher

Votre t-shirt à trois euros livré en une semaine depuis un entrepôt asiatique pourrait bientôt vous coûter beaucoup plus cher que prévu. Le gouvernement français vient de dévoiler les contours financiers de la future loi ultrafast-fashion, un texte qui vise directement les consommateurs achetant sur Shein, Temu ou AliExpress, et dont la portée est bien plus radicale qu’il n’y paraît.

Le projet, déposé il y a deux ans et demi, a été profondément réécrit. L’objectif affiché est de protéger les emplois du secteur textile en France en rendant financièrement moins attractif l’achat de vêtements produits à l’autre bout du monde à des coûts défiant toute concurrence. Concrètement, des pénalités financières seront imposées sur les achats réalisés auprès de ces plateformes. On ne parle plus uniquement de taxer les importations au niveau des douanes, mais d’aller chercher le consommateur final, directement dans son acte d’achat.

C’est là que le débat devient intéressant. L’intention est légitime : l’ultrafast-fashion génère des volumes de production astronomiques, des conditions sociales souvent désastreuses dans les pays producteurs, et une concurrence frontale avec des entreprises qui, elles, paient des charges en France et respectent les normes européennes. Difficile de contester la logique de rééquilibrage.

« La proposition de loi a été réécrite pour resserrer son étau autour de l’ultrafast-fashion, afin de préserver les entreprises qui emploient en France. »

Mais la méthode interroge. Pénaliser le consommateur, c’est en partie punir les ménages les plus modestes, précisément ceux qui se tournent vers ces plateformes parce que les prix de la fast-fashion classique leur sont déjà inaccessibles. Une veste à 200 euros dans une enseigne française labellisée reste hors de portée pour beaucoup, quelle que soit la pénalité ajoutée à l’article Shein. Si le gouvernement ne prévoit pas de mécanisme correctif ou de filière de substitution accessible, la loi risque surtout de peser sur ceux qui n’ont pas d’autre option.

Il y a aussi une question d’efficacité réelle. Ces plateformes sont championnes de l’adaptation réglementaire : contournement des seuils douaniers, multiplication des entrepôts intermédiaires, reconfiguration permanente de leur modèle logistique. Une taxe à la consommation côté français peut être absorbée, compensée par des promotions agressives, voire simplement ignorée si le différentiel de prix reste suffisamment important.

Ce qui manque dans ce débat, c’est une vision industrielle de long terme. La loi ultrafast-fashion, telle qu’elle se dessine, ressemble davantage à une réponse défensive qu’à une stratégie offensive de réindustrialisation textile. Protéger ce qui existe en France est nécessaire, mais sans investissement massif dans une filière locale compétitive, on se contente de ralentir une hémorragie sans traiter la plaie. La vraie question n’est pas combien coûtera un achat sur Temu demain, mais pourquoi il n’existe pas d’alternative française aussi accessible.

La rentrée législative dira si ce texte a les dents assez longues pour changer réellement les comportements, ou s’il restera un signal politique bien intentionné mais trop fragile pour peser face à des mastodontes du e-commerce disposant de moyens quasi illimités pour s’adapter.

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